La ségrégation scolaire dans les Bouches-​du-​Rhône | L’école de la lutte #10 – mai 2026

Cette infographie est extraite du n°10 de L’École de la lutte (mai 2026), le journal départemental de SUD éducation 13, consacré à la ségrégation scolaire.


La ségrégation scolaire en collège

La ségrégation scolaire dans les lycées


Pour lire les graphiques

L’Indice de Position Sociale (IPS) est un indicateur qui résume de manière chiffrée un ensemble de caractéristiques sociales, économiques et culturelles des parents des élèves scolariséEs dans un établissement. Plus l'IPS de l’établissement est élevé, plus les élèves sont en moyenne d'origine sociale favorisée. Plus il est faible, plus les élèves sont défavorisés socialement.

Quant à l’Indice d’Hétérogénéité Sociale (IHS) d’un établissement, il correspond à l’écart-type de l’IPS de ses élèves. Plus il est élevé, plus le profil social des élèves est diversifié. Cet indice est calculé uniquement pour les établissements du second degré.

Le ministère de l’éducation nationale calcule ces indicateurs depuis 2016 (pour l’IPS) et 2019 (pour l’IHS), mais ne les a rendus publics qu’à partir de 2022, contraint par un tribunal administratif de le faire.


Les deux graphiques montrent la répartition des établissements scolaires entre l’IPS (sur l’axe horizontal) et l’IHS (sur l’axe vertical) des élèves, avec d’un côté les établissements publics (en bleu) et de l’autre, les privés (en rouge). Par exemple, le collège Henri Barnier (Marseille, 16e), en bas à gauche, a à la fois l’IPS et l’IHS les plus bas. Le collège Jean de Bernardy (anciennement Longchamp, Marseille, 1er) est le collège “le plus mixte” du département.

Ces deux graphiques nous apprennent qu’en moyenne, les établissements publics accueillent les élèves les plus pauvres, tandis que le privé opère et favorise une ségrégation sociale au profit des familles les plus favorisées : dans le classement des IPS des collèges et des lycées, les 13 premières places sont occupées par des établissements privés, avec en tête le collège et le lycée de Provence (Marseille, 8e), établissement qui présente en même temps le moins de mixité sociale de tout le département parmi les privés ! A l’opposé, le collège privé le plus mixte est l’école juive du Centre Social Du Barry (Marseille, 13e). Mais il s’agit d’une exception, car on observe que la majorité des établissements privés, en particulier les lycées, butent sur une frontière de mixité sociale qu’ils ne dépassent pas. En termes d’hétérogénéité sociale, les 33 lycées qui ont l’indice le plus élevé sont des établissements publics. L’enseignement secondaire privé accueille donc un public plus riche, mais aussi plus homogène socialement que le public.

Sur l’axe horizontal, en partant de l’IPS le plus bas, il faut compter 22 collèges publics (et 9 lycées publics) avant de trouver le premier privé. C’est une autre forme de non-mixité, plus subie que choisie, qui traduit la ségrégation géographique très forte des quartiers populaires, pour ne pas dire la ghettoïsation, en particulier à Marseille où se situent 19 de ces 22 collèges.

Une des singularités de Marseille est la présence d’établissements privés avec un IPS très bas, à l’exemple du collège jésuite Saint-Mauront (Marseille, 3e). Mais la création d’un collège catholique accueillant un public très défavorisé n’est peut-être pas que le produit de la charité : depuis 1999, Saint-Mauront bénéficie de tous les labels d’éducation prioritaire qui se sont succédés (ZEP, REP, Ambition Réussite, ECLAIR), et donc de toutes les aides qui en découlent, tout en faisant la même sélection que n’importe quel autre privé. Comble de l’ironie, il relève de la même tutelle que le collège de Provence (Loyola Education) qui est le plus riche et le moins mixte des établissements privés du département. Une mixité séparée, en somme !

Alors que le service public d’éducation est censé veiller “à la mixité sociale des publics scolarisés” (Art. L. 111-1 du Code de l’éducation), l’enseignement privé aggrave la ségrégation sociale et scolaire du système éducatif.